LES PLANTES
Il est temps d'explorer
SorciĂšres, herboristes ou botanistes, quelle place pour les femmes ?
đȘŽ Quelle histoire ont les femmes avec les plantes ? Comment les femmes se sont Ă©mancipĂ©es grĂące aux plantes ? Quelle place occupent t-elles en botanique ? đ±ââïž
PODCASTDOCUMENTAIRE
Dans cet épisode, nous retraçons l'histoire du lien entre plantes et femmes.
C'est un épisode qui nous tiens à coeur car cet historique est particulier.


TantĂŽt guĂ©risseuses, herboristes, cueilleuses, voire mĂȘme sorciĂšres, et seulement parfois botanistes, la relation entre les femmes et les plantes est riche et complexe.
C'est l'occasion pour elles au cours de l'histoire de faire leur place dans la société. Alors en nous intéressant au sujet, nous avons réalisé qu'il existe de multitude de travaux qui étudient ces interactions entre le monde végétal et la gente féminine au cours de l'histoire, dans différentes parties du monde, et c'était alors l'occasion, pour nous, d'en faire un épisode.
Alors puisqu'il existe une histoire entre les femmes et les plantes, d'oĂč vient cette proximitĂ© ? Les femmes ont construit des savoirs sur les propriĂ©tĂ©s du vĂ©gĂ©tal, par l'observation et la transmission, c'est ce qui a Ă©tĂ© observĂ©, a Ă©tĂ© transmis au fur et Ă mesure des gĂ©nĂ©rations.
Pour en savoir plus
Des femmes, des plantes et de la magie. Les herboristes en fantasy jeunesse. Florie Maurin (2023)
Câest le fruit d'une reprĂ©sentation qu'on leur a donnĂ©e suite Ă leur rĂŽle. Le rĂŽle qui Ă©tait de femme maternelle et nourriciĂšre, qui doit prendre soin de son foyer, et en bonne mĂ©nagĂšre, trouver les ressources les moins coĂ»teuses pour conserver la santĂ© des siens. Câest poussĂ© par l'urgence vitale que ces connaissances ont Ă©tĂ© construites.
Au Moyen-Ăge, les guĂ©risseuses Ă©taient souvent considĂ©rĂ©es comme des mĂ©decins de campagne. GuĂ©risseuses finalement, c'est ces femmes-lĂ qui Ă©taient appelĂ©es comme ça. On venait les voir trĂšs souvent pour se soigner.
Mona Chollet en parle dans son ouvrage « SorciÚres, la puissance invaincue des femmes ».
Les guérisseuses représentaient le seul recours vers lequel le peuple pouvait se tourner et avaient toujours été des membres respectés de la communauté. C'était des femmes qui avaient un statut un petit peu plus élevé, étaient un peu plus reconnues, jusqu'à ce qu'on assimile leur activité à des agissements diaboliques.
Un grand nombre de guĂ©risseuses vont ĂȘtre pourchassĂ©es, suite justement Ă ces activitĂ©s diaboliques, mĂȘme si toutes les sorciĂšres n'Ă©taient pas des guĂ©risseuses et inversement.
Mais en fait, qu'est-ce que c'est une guérisseuse ? Et est-ce qu'on sait pourquoi elles ont été pourchassées ? On entend par ce thÚme de guérisseuses, les femmes qui ont une connaissance empirique des plantes locales, qu'elles cultivent aussi, donc qu'elles trouvent dans la nature mais qu'elles cultivent, qu'elles font sécher, qu'elles conservent, et ces connaissances sur la préparation de remÚdes notamment, ont été acquises en général par l'observation et sont transmises de génération en génération. Elles utilisent les plantes donc pour soigner, etc. Par leur vertu médicinale. Oui, ce n'était pas de la magie.
Cette persécution est en lien avec la création des premiÚres universités de médecine. En 1200, il devient interdit de soigner si on n'a pas été formé dans les universités de médecine, et évidemment, les femmes ne peuvent pas, elles sont exclues d'étudier dans les universités de médecine.
Donc tout ce savoir qu'elles mettent en pratique depuis des annĂ©es et des annĂ©es et des annĂ©es, eh bien on va leur dire, non, ce nâest pas encadrĂ©, nous on fait de la mĂ©decine, donc hop, on met sous le tapis et on n'en parle plus.
Il se trouve que la grande majorité des femmes condamnées pour sorcellerie, donc environ 70 à 80% de celles-ci, ont contribué à renforcer l'image trÚs féminine des guérisseuses.
C'est Florie Maurin qui s'est intĂ©ressĂ©e Ă cette question dans son article intitulĂ© « Des femmes, des plantes et de la magie, les herboristes en fantaisie jeunesse ». Cette activitĂ© Ă©tait loin d'ĂȘtre le seul motif de condamnation, lors des chasses aux sorciĂšres, mais c'est surtout celle qui a usĂ© de bretelles, de breuvages, de remĂšdes, etc., qui soignaient par les simples, et qui accouchaient, qui faisaient avorter Ă©galement, ont rĂ©guliĂšrement fait l'objet de ces accusations-lĂ .
Dans cet ouvrage, l'autrice souligne l'importance du rĂŽle particulier des hommes, et surtout des femmes, qui, Ă partir du XVe siĂšcle, Ă©taient accusĂ©es de sorcellerie, et qui Ă©taient Ă©galement connues comme guĂ©risseurs ou guĂ©risseuses. C'est vrai que dans les communautĂ©s rurales, leurs statuts prĂ©sentaient de nombreuses similitudes avec ceux qui pratiquaient la magie, et souvent, ces rĂŽles Ă©taient exercĂ©s par les mĂȘmes personnes. Souvent, ce ne sont que des guĂ©risseurs, ou des personnes qui utilisent simplement les plantes.
Les simples = les plantes qui ont été utilisées depuis l'Antiquité pour usage médicinaux.
La transition des fonctions, considérée comme utilevers l'utilisation de la magie diabolique, s'est opérée trÚs rapidement. Et les accoucheuses qui étaient responsables des pratiques d'avortement, donc en utilisant simplement des plantes abortives et de contraception elles étaient souvent des iniquitées.
Plantes abortives et de contraceptions = plantes qui étaient utilisées à l'époque, qui avaient des propriétés pour réguler les hormones.
Ămilie Anne PĂ©py, qui dans son article « Les femmes et les plantes, accĂšs nĂ©gociĂ© Ă la botanique savante et rĂ©sistance des savoirs vernaculaires », souligne que « les femmes sont exclues ou rejetĂ©es aux marges des deux champs scientifiques qui monopolisent Ă cette Ă©poque l'expertise sur la nature vĂ©gĂ©tale, Ă savoir la mĂ©decine et la botanique ».
Ătymologiquement
Botanique : 1611, concernant la premiĂšre fois oĂč il est utilisĂ©, pour dire qui se rapporte aux plantes. Deviendra « η Ì ÎČ Îż Ï Î± Μ Îč Îș η Ì Â» Pour la science des plantes. Un dĂ©rivĂ© de « botanique », qui veut dire « herbe ».
Herboriste : on retrouve des écrits de 1442, avec le terme d'abord « herboliste » pour celui qui connaßt les vertus médicinales des plantes.
Terme plus ancien comparé au terme Botanique, et est trÚs différent finalement.
Definition botanique - CNRTL
Definition herboriste - CNRTL
Encore de nos jours, partout dans le monde, et en particulier dans les rĂ©gions tropicales, riches en biodiversitĂ©, ce sont les femmes qui gĂšrent la plupart des ressources vĂ©gĂ©tales utilisĂ©es par l'ĂȘtre humain. Elles possĂšdent la plus grande connaissance des plantes locales, et elles sont les principales responsables de la conservation de ces plantes, et de la gestion in situ des plantes utiles, souvent, parce que c'est quand mĂȘme ça qui nous intĂ©resse, et qu'elles soient domestiquĂ©es ou sauvages. Ce peut ĂȘtre expliquĂ© par le fait que, tout au long de l'histoire, le travail quotidien des femmes a exigĂ© davantage de ces connaissances. Globalement, ce sont les femmes qui prĂ©dominent en tant que cueilleuses de plantes, plantes sauvages, jardiniĂšres, herboristes et gardiennes de semences. Dans plusieurs rĂ©gions du monde et au sein de nombreux groupes culturels, elles prĂ©dominent Ă©galement en tant que sĂ©lectionneuses et agricultrices informelles.


"SorciÚre" huile sur toile de Jean François Portaels Vilvorde, 1818
Finalement, quel rÎle détient l'herboriste, et se restreint-il aux femmes ?
Dans la langue française, l'évolution de la définition de l'herboriste, entre le XVIIe et le XVIIIe siÚcle, est révélatrice de la montée en puissance de la botanique savante, au détriment des savoirs vernaculaires. Au XVIIe siÚcle, l'herboriste étudie et connaßt les vertues des plantes, définition qui, au XVIIIe siÚcle, ne s'applique ne s'applique plus qu'aux botanistes.
Et le substantif « herboriste », donné instinctivement masculin ou féminin, dans certains dictionnaires, désigne alors celle ou celui qui, dans les villes et bourgs, fait commerce de plantes médicinales, directement cueillies ou achetées à des paysans. Donc on voit ici une petite évolution en termes de définition. S'y ajoutent souvent des préparations à partir de substances végétales aussi, qui sont préparées à base de plantes, les tisanes, baumes, emplùtres. Les herboristeries sont des lieux qui sont importants de la médecine populaire.
Herboristerie de Saint-Jean, Lyon.


Dans les herboristeries, il y est vendu des plantes et des prĂ©parations thĂ©rapeutiques. Mais on peut aussi y prodiguer des soins et garder des enfants. Le mĂ©tier d'herboriste va rester accessible aux femmes. MĂȘme si, Ă partir de 1803, on va ĂȘtre obligĂ© de passer un examen d'herboristerie Ă ses propres frais. Cet examen nĂ©cessite des connaissances avancĂ©es en botanique. Il reste accessible aux femmes. Ceci s'illustre Ă Paris, dans la seconde moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle, oĂč environ 200 herboristeries tenaient boutique, parmi lesquelles seulement une quinzaine de femmes Ă©taient rĂ©pertoriĂ©es. Ce n'est pas beaucoup. Pourquoi ? Parce que parmi tous ceux-lĂ , 130 sages-femmes Ă©taient rĂ©fĂ©rencĂ©es. Elles n'avaient pas le nom d'herboristes, mais plutĂŽt de sages-femmes.
Les populations urbaines Ă revenu modeste cherchaient des moyens peu coĂ»teux d'obtenir des simples ou des prĂ©parations Ă base de plantes, parce qu'Ă©videmment, elles ne pouvaient pas se permettre de payer les mĂ©decins qui prĂ©paraient les mĂ©dicaments. Mais mĂȘme d'autres populations, en fait, pas que celles Ă revenu modeste. Les familles aisĂ©es, elles, n'hĂ©sitaient pas Ă recourir effectivement Ă des thĂ©rapies alternatives, parce que tous les moyens sont bons, en plus de consulter les mĂ©decins agréés. Et souvent, c'Ă©tait plutĂŽt les cueilleuses de simples, justement, les sages-femmes, les femmes qui s'occupaient des enfants, et celles qui vendaient les herbes, qui leur servaient souvent Ă complĂ©ter leurs revenus.
Donc, femmes cueilleuses, sorciĂšres, herboristes, mais qu'est-ce qu'il en est donc de la botanique ? L'importance des savoirs vernaculaires, donc c'est-Ă -dire populaires, est de taille dans la diffusion des connaissances sur les plantes parmi les femmes. Ces savoirs ont Ă©tĂ© disqualifiĂ©s par les champs scientifiques qui s'intĂ©ressent Ă la nature au XVIIIe siĂšcle, Ă savoir la mĂ©decine et la botanique, qui Ă©taient donc des mĂ©tiers trĂšs en vogue Ă l'Ă©poque. Mais pourtant, la botanique est, Ă bien des Ă©gards, une discipline qui recoupe des savoirs populaires. En fait, les femmes, ont touchĂ© du doigt la botanique, simplement d'abord par l'illustration, parce qu'elles ont Ă©tĂ© forcĂ©es de ne pas reproduire des modĂšles vivants. Donc, elles avaient le droit de reproduire des natures mortes. Et finalement, elles ont commencĂ© comme ça. Peu Ă peu, elles sont allĂ©es au contact des plantes elles-mĂȘmes. C'est comme ça qu'elles sont entrĂ©es dans la botanique.
En 1751, dans son ouvrage « Philosophia botanica », Carl von Linné décrit les botanistes comme, je cite, « des méthodiques qui élaborent des principes de classification du rÚgne végétal et contribuent à formuler les normes et canons de la discipline. Alors que les collecteurs qui énumÚrent, décrivent et représentent les plantes ne sont considérés que comme des botanistes de seconde zone. C'est ainsi que finalement, il y a assez peu de femmes de l'époque qui, bien qu'instruites sur le sujet, ne peuvent se prétendre botanistes. Donc, ça les exclut de fait de la société scientifique et des échanges avec leurs pairs.
A cette époque, il y a des ouvrages de botanique qui sont parus destinés aux femmes. En 1798, est paru un ouvrage intitulé « Botanique pour les femmes et les amateurs de plantes », volontairement présenté sous l'angle de la distraction pour le rendre accessible au public visé. Citation : « Nous avons cru devoir assez souvent développer son idée, l'éclaircir par des exemples, quelquefois lui donner une tournure galante ou sentimentale pour prouver que nous ne perdons pas de vue le sexe aimable auquel principalement l'ouvrage est adressé. » Cette citation, c'est le traducteur français qui l'écrit en disant, voilà , j'ai finalement modifié ce que l'auteur, qui était allemand, a écrit pour que ce soit mieux compris par les femmes. Il y a un biais lié aussi à la nationalité.
AprĂšs 1800, les contours de ce qu'est ĂȘtre botaniste sont un petit peu Ă©largis. Et on voit de plus en plus de femmes concourir Ă la discipline, ce que certains hommes ne manquent pas de critiquer, tels que Hegel en 1830, qui estime que la botanique s'est trop fĂ©minisĂ©e et qu'il devient nĂ©cessaire de redonner sa place Ă l'intellect rigoureux masculin. Rousseau aussi a exprimĂ© son mĂ©contentement. A ce moment-lĂ , les femmes prennent difficilement leur place dans les sciences botaniques. Mais quand mĂȘme, il est admis qu'elles peuvent pratiquer la botanique comme loisir savant. Et que mĂȘme, c'est trĂšs trĂšs bien, hein, dans l'aristocratie. Et c'est ainsi que de nombreuses femmes du grand monde vont contribuer au dĂ©veloppement, voire Ă la crĂ©ation de jardins botaniques dans le monde encore existant aujourd'hui.
Par exemple, Clelia Durazo Grimaldi fonde le jardin botanique de GĂȘnes en 1794. Sophie Charlotte Meclambour-Sterlitz va participer Ă l'Ă©laboration des Kew Gardens en Angleterre Ă partir de 1793. De trĂšs beaux jardins botaniques qui existent encore.
Et les recherches en botanique vont Ă©galement ĂȘtre pratiquĂ©es par des femmes, souvent incitĂ©es par leur mari ou leur pĂšre, finalement. Elles vont participer Ă de nombreux travaux de terrain, de collecte ou d'Ă©criture d'ouvrages. Mais restent dans l'ombre d'une figure masculine.
Par exemple, Manon Philippon, future Madame Roland, a travaillĂ© avec son mari Ă l'Ă©tude de la flore aquatique. Elle lâa accompagnĂ©e. Et c'est seulement sous le nom de son mari que sera publiĂ© le livre « L'art du tourbillon » en 1782. Or, elle a contribuĂ© Ă©normĂ©ment Ă cet ouvrage. Et finalement, rares sont les femmes qui publient sous leur vrai nom ou alors en tant qu'amatrices, faute de rattachement institutionnel, parce qu'elles n'ont pas le droit d'ĂȘtre rattachĂ©es Ă une institution au XVIIIe siĂšcle.
Il y a comme par exemple Mme De Gages de Pont-Meurel dans les annĂ©es 1770, qui va user de son rĂ©seau pour accĂ©der au jardin du roi et ainsi participer au collecte, identification et classification rĂ©alisĂ© Ă cet endroit. Dans son cas, elle va devenir spĂ©cialiste des graminĂ©es, mais elle va rester trĂšs discrĂšte, ne signant pas ses billets de description. Son travail restera sous forme de manuscrit et ne sera jamais valorisĂ©, puis disparaĂźtra aprĂšs sa mort. Donc lĂ , c'est mĂȘme encore pire que ce qu'on disait avant de lui faire hommage. PrĂ©cisions : les graminĂ©es, c'est l'une des familles les plus difficiles Ă identifier. C'est trĂšs trĂšs dur. Donc c'est pas un travail nĂ©gligeable loin de lĂ .
Et donc nous, en plus de remettre un petit peu le contexte historique, nous avons dĂ©cidĂ© qu'on allait dire qui elles Ă©taient, citer leur nom au complet et ce qu'elles ont fait. Pour pouvoir un peu sortir de cet Ă©pisode avec en tĂȘte toutes ces femmes qui ont construit des choses merveilleuses, alors que ça n'a pas Ă©tĂ© dit tout de suite et que si ça se trouve, elles n'ont mĂȘme pas pu forcĂ©ment vivre le plaisir d'ĂȘtre reconnues en tant que botanistes.
Quelques annĂ©es plus tard, les femmes vont conserver une place en retrait dans les recherches en vĂ©gĂ©tal, bien qu'elles soient toujours prĂ©sentes. C'est le cas, par exemple, de Barbara McClintock, en 1927, qui va soutenir sa thĂšse en botanique et va mener par la suite des recherches pointues sur la morphologie des chromosomes chez le maĂŻs. Elle dĂ©couvre, entre autres, les transposons, qui sont des Ă©lĂ©ments gĂ©nĂ©tiques qui bougent sur les chromosomes, qui vont ĂȘtre responsables de l'apparition ou non des caractĂ©ristiques physiques. Et pour cette dĂ©couverte, elle reçoit le prix Nobel en 1989.
En Amérique, il y a Jane Colden, née en 1724 et décédée en 1766, qui apprend la classification linnéenne de son pÚre, qui est médecin. Elle sera considérée comme la premiÚre femme botaniste américaine. Elle identifiera et nommera plus de 300 espÚces de plantes new-yorkaises avant de se marier et d'interrompre sa carriÚre.
Il y a aussi Jeanne BarrĂ©, qui a vĂ©cu de 1740 Ă 1807. La premiĂšre femme Ă avoir effectuĂ© un tour du monde qu'elle a pu rĂ©aliser en se travestissant en homme afin de pouvoir monter sur le navire (les femmes nâen avait pas le droit). Elle dĂ©couvrira et dĂ©crira avec Philip Comerson de nombreuses plantes lors de l'expĂ©dition de Bougainville. Le genre Barretia lui rend hommage.
Anna Atkins, qui a plutĂŽt vĂ©cu dans la premiĂšre moitiĂ©e des annĂ©es 1800. CâĂ©tait une botaniste britannique qui a dĂ©veloppĂ© une technique photographique pour prendre des clichĂ©s d'algues. C'Ă©tait sa spĂ©cialitĂ©. Elle s'est intĂ©ressĂ©e aux algues. Le cyanotope. Il sâagit de la photographie des contours d'un objet. L'image de l'objet est blanche et derriĂšre, le fond est bleu. Mais bleu cyan. Doux cyanotope. Anna Atkins a dĂ©veloppĂ© cette technique-lĂ pour prĂ©server en fait les spĂ©cimens et l'apparence des spĂ©cimens. En 1839, elle devient membre de la SociĂ©tĂ© botanique de Londres. Donc c'est une des seules institutions Ă l'Ă©poque qui accepte les femmes.
On aimerait aussi rendre hommage à Clémence Lortet, botaniste de fin du XVIIIe à début du XIXe siÚcle. Elle a exploré toute la région autour de Lyon jusqu'à l'Allemagne et la Suisse pour en collecter et étudier de nombreuses plantes qu'elle va rassembler dans des herbiers. Et elle les a laissée à la Société Linéenne de Lyon. Elle a également été primée par la Société d'agriculture de Lyon en 1817 pour ses études sur la culture du pavot oléifÚre. Elle s'est intéressée à la botanique assez tardivement aprÚs avoir fondé une famille.
Il y a Ă©galement AgnĂšs Arber, dĂ©cĂ©dĂ©e en 1960. Elle Ă©tait veuve, assez pauvre avec des enfants Ă charge. Mais est parvenue malgrĂ© tout Ă produire plus de 226 publications dans son petit cabanon au fond d'un jardin. Je crois que d'ailleurs, ça a Ă©tĂ© la derniĂšre maison Ă ĂȘtre Ă©quipĂ©e en Ă©lectricitĂ© Ă l'Ă©poque. MalgrĂ© des idĂ©es controversĂ©es... Car elle avait des hypothĂšses sur l'Ă©tude des plantes qui, finalement, Ă©taient dĂ©montĂ©es plus tard. Elle a Ă©tĂ© quand mĂȘme la premiĂšre femme botaniste Ă intĂ©grer la Royal Society en 1946. Et la premiĂšre femme Ă recevoir la mĂ©daille d'or de la LinĂ©an Society de Londres pour ses travaux en botanique.
Alors, des femmes qui ont Ă©tudiĂ© les plantes, parce qu'on en a terminĂ© pour ce petit catalogue non exhaustif, certainement. Il en a existĂ© de nombreuses. Il en existe toujours. Et elles ont leur place dans la recherche sur les plantes, quelle que soit la discipline d'ailleurs. Nous avons voulu, au travers de cet Ă©pisode, montrer que, rĂ©sistant aux assignations sociales, donc aux reprĂ©sentations qu'on leur a donnĂ©es par rapport Ă leur rĂŽle, les femmes ont trouvĂ©, au cours de l'histoire, un refuge et un moyen de dĂ©jouer les codes par l'Ă©tude des plantes, dans leurs usages ou pour les plantes elles-mĂȘmes. Elles ont dĂ©veloppĂ© leur connaissance et leur expertise, l'ont transmis, et deviennent des herboristes thĂ©rapeutiques reconnus ou des botanistes marquant l'histoire des sciences. Ainsi, elles se sont Ă©panouies grĂące aux plantes, autant que les plantes ont Ă©tĂ© percĂ©es Ă jour par elles. Finalement, la botanique et l'herboristerie sont des disciplines qui permettent d'interroger les stratĂ©gies dĂ©ployĂ©es par les femmes pour conserver une libertĂ©, quand en limitĂ©, le discours dominant.
Toujours un peu plus tard, Jan Anderson, décédée en 2015, était une biochimiste qui travaillait sur la photosynthÚse. Elle a mis en évidence, que le mécanisme photosynthétique comprend deux composants fondamentaux. Aujourd'hui, ça paraßt normal. Mais le photosystÚme 1 et le photosystÚme 2, c'est elle qui les a découverts. Et elle sera de nombreuses fois récompensée pour ça.




Clelia Durazo Grimaldi, jardin botanique de GĂȘnes





















