LES PLANTES
Il est temps d'explorer
Les capacités d’actions insoupçonnées des plantes : l’agentivité végétale
Est-ce que les plantes font quelque chose, ou est-ce qu’elles sont simplement là ? Est-ce qu’elles agissent sur le monde, ou est-ce qu’on projette sur elles nos propres catégories ? Qu’est-ce qui fait qu’un être vivant mérite notre attention, notre considération, notre soin ? La mobilité ? La sensibilité ? La conscience ?
PODCASTDOCUMENTAIRE
Et si les plantes n’étaient pas simplement là… mais agissaient sur le monde ?
🌱 Sensibles sans système nerveux
🌍 Actrices des écosystèmes, des villes et des sociétés
⏳ Agissantes dans le temps long, souvent hors de notre regard
Un épisode issu d’un colloque interdisciplinaire (biologie, philosophie, sciences sociales) qui bouscule nos évidences et interroge nos catégories :
👉 Qu’est-ce qu’agir ?
👉 Qu’est-ce qu’un être vivant digne d’attention et de soin ?
Un voyage dense et déstabilisant, pour apprendre à penser avec les plantes plutôt que contre elles 🌿.


Aujourd’hui, on vous propose un épisode un peu particulier, un épisode de mise en récit d’un événement dont RPPL a été partenaire.
Le 13 décembre 2024, à l’université Paris Cité, nous avons organisé avec nos collègues du LIED et du LADYSS un colloque intitulé L’agentivité des plantes, histoires et perspectives avec nos collègues François Bouteau, Etienne Grésillon, Patrick Laurenti, Clément Gros que vous connaissez bien car nous les avons interviewé, mais aussi Patrice Meimoun et Denis Chartier.
Une journée dense, traversée par des disciplines très différentes, et surtout par une question commune : comment penser les plantes autrement que comme de simples ressources, de simples objets, ou de simples décors ?
L’agentivité, c’est un terme relativement récent en français, un néologisme issu de la traduction du mot anglais agency. Il ne recouvre pas exactement une intention, ni une volonté consciente, mais plus largement une capacité à agir, à produire des effets, à transformer un environnement.
Et poser la question de l’agentivité des plantes, ce n’est pas dire qu’elles agissent comme les humains, qu’elles auraient des projets ou des intentions au sens humain.
C’est plutôt accepter de suspendre un certain nombre d’évidences héritées de la modernité occidentale : l’idée que seuls les humains seraient des sujets agissants, que cette action serait forcément liée à la mobilité, à la conscience réflexive, au langage.
D’où provient cette envie de colloque sur ce thème ?
Depuis plusieurs années, avec les crises écologiques, agricoles, sanitaires, avec aussi le renouvellement de certaines recherches scientifiques, le monde des plantes revient au centre de nombreuses discussions.
Mais souvent, ce retour reste pris dans une vision utilitariste : les plantes comme solutions techniques, comme puits de carbone, comme services écosystémiques.
Notre idée, avec ce colloque, était d’ouvrir un espace interdisciplinaire, pour penser les plantes autrement. De la biogéographie à l’écologie, de l’histoire des sciences à la biologie, de l’anthropologie à la philosophie, en passant par la littérature et les sciences sociales. Et surtout, de créer une rencontre entre deux grandes facultés de l’université Paris Cité : Sciences d’un côté, Sociétés et Humanités de l’autre. Un projet ambitieux, qui bouscule mais qui a beaucoup plus dans sa manière de faire tomber les frontières disciplinaires et conceptuelles.




Pour ça, 4 tables rondes ont été imaginées au préalable, rassemblant chacune d'entre elles 4 à 5 chercheurs apportant leur point de vue sur un thème liée à l’agentivité. De la perception que l’on a des plantes aux questions de consciences non humaines en passant par la sensibilité et les plantes en tant qu’actrices, cet épisode promet d’être foisonnant et déstabilisant, à l’image du colloque de décembre 2024.


Arrivées au terme de cette traversée, ce qui frappe peut-être le plus, ce n’est pas tant la diversité des disciplines mobilisées que la manière dont une même question est venue les déplacer toutes : qu’est-ce que cela change, concrètement, de penser les plantes comme des êtres vivants singuliers, sensibles, capables d’agir ?
Ce colloque n’a pas cherché à répondre définitivement à cette question. Il a plutôt mis en lumière ce qu’elle dérange. Elle dérange nos catégories scientifiques, nos cadres philosophiques, nos habitudes de langage, mais aussi nos pratiques économiques, agricoles, urbaines.
À travers les quatre tables rondes, une même tension est apparue : celle entre des modèles hérités — mécanistes, utilitaristes, anthropocentrés — et des approches plus relationnelles, plus situées, plus attentives aux formes de vie non humaines. Penser la plante autrement que comme une machine, c’est déjà accepter de ne plus tout expliquer par la fonction et le contrôle. Reconnaître sa sensibilité, c’est remettre en cause des frontières très solides entre perception et réaction. Interroger la possibilité d’une conscience, même minimale, c’est ébranler l’idée selon laquelle l’expérience du monde serait réservée à quelques espèces privilégiées.
Et enfin, reconnaître les plantes comme actrices du monde contemporain, c’est admettre qu’elles participent pleinement à la fabrication de nos milieux de vie, de nos villes, de nos économies, de nos conflits et de nos attachements.
Ce déplacement du regard ne va pas de soi. Il se heurte à des résistances épistémiques, culturelles, politiques. Il demande de renoncer à une certaine posture de maîtrise, à une hiérarchie rassurante du vivant, à une vision du monde où l’humain serait toujours au centre et au sommet.
Mais il ouvre aussi des possibilités. Celles de repenser la santé végétale comme une écologie relationnelle. Celles de concevoir des pratiques agricoles, urbaines ou économiques moins extractives. Celles d’imaginer des formes de cohabitation plus attentives, plus lentes, plus justes.
Ce que ce colloque a montré, c’est que la question des plantes n’est jamais seulement une question botanique. Elle est toujours aussi sociale, politique, culturelle. La manière dont nous traitons les plantes dit beaucoup de la manière dont nous concevons le vivant — et notre place en son sein.
À l’ère de l’Anthropocène, où les effets des activités humaines transforment profondément les milieux, les plantes apparaissent à la fois comme des victimes de ces bouleversements et comme des actrices essentielles des transformations à venir.
Les reconnaître dans leur altérité agissante, ce n’est pas les idéaliser, ni les sacraliser. Ce n’est pas non plus renoncer à les cultiver, à les utiliser, à vivre avec elles. C’est plutôt accepter une relation moins unilatérale, moins violente, plus consciente de l’interdépendance.
En choisissant de prolonger ce colloque sous la forme d’un podcast, notre intention était aussi celle-ci : sortir ces réflexions des murs de l’université, leur donner une autre temporalité, une autre forme d’écoute.
Prendre le temps de raconter, de relier, de laisser résonner. Parce que penser avec les plantes, c’est aussi accepter de ralentir, d’observer, d’écouter ce qui agit sans bruit.
Si cet épisode a réussi à déplacer ne serait-ce qu’un peu votre regard — sur une friche, un arbre de rue, une plante spontanée — alors il aura rempli son rôle.
Car peut-être que l’enjeu n’est pas seulement de savoir si les plantes sont agentives, sensibles ou conscientes, mais de nous demander jusqu’où nous sommes prêts, nous, à reconnaître et à habiter cette co-existence.
Penser les plantes comme partenaires du vivant, ce n’est pas une conclusion.





